Entre les tableaux
Adam Zaklukiewicz ZAKLUK
Les Nabis cherchaient une peinture qui ne se contente pas de représenter le monde, mais lui donne son propre rythme. À la fin du XIXe siècle, leurs recherches sur la couleur, la simplification des formes et la surface décorative du tableau les ont réunis. Le nom du groupe vient du mot hébreu qui signifie prophète.
« Entre les tableaux » est un récit photographique du regard porté sur une exposition : sur les œuvres, mais aussi sur les cadres, la lumière et l’espace où se rencontrent tableaux et visiteurs. Les photographies ouvrent une réflexion sur une nouvelle manière de voir, plutôt qu’un catalogue d’œuvres.
De la couleur au tableau
En 1888, Paul Sérusier peint à Pont-Aven un petit paysage sous la direction de Paul Gauguin. De retour à Paris, il le montre à ses camarades de l’Académie Julian. « Le Talisman » devient, pour les futurs Nabis, le signe d’un éloignement de l’imitation fidèle de la nature.
La couleur peut désormais exprimer une sensation et construire une composition, au lieu de reproduire seulement l’apparence des choses. La simplification n’appauvrit pas le tableau : elle ouvre la voie à une autre intensité du regard.
Au plus près du quotidien
Les Nabis ne partageaient ni un sujet unique ni un style identique. Leur cercle comptait notamment Pierre Bonnard, Édouard Vuillard, Maurice Denis et Paul Ranson. À côté des recherches symboliques et religieuses, les intérieurs, les portraits et les moments ordinaires de la vie domestique occupaient une place importante.
Les motifs des étoffes, des papiers peints et des vêtements participaient à l’organisation picturale. La figure et son environnement pouvaient former une même surface : le récit se jouait autant dans les couleurs et les lignes que dans la scène représentée.
Au-delà de la toile
L’estampe japonaise a inspiré des formes simplifiées et des cadrages inattendus. Les Nabis s’intéressaient aussi à la gravure, aux objets et au décor intérieur : paravents, éventails, vitraux ou textiles. L’art devait pénétrer l’environnement quotidien.
Dans une exposition, un tableau n’existe jamais tout à fait seul. Il côtoie d’autres œuvres, reflète la lumière et s’inscrit à la fois dans un cadre et dans l’architecture de la salle. La photographie permet de retenir ces relations — ce qui se passe entre les tableaux.
Contexte historique: Musée d’Orsay · Musée des impressionnismes Giverny