C’est comme ça qu’on devrait faire du cinéma ! Et c’est à ça que le cinéma devrait ressembler.

C’est-à-dire ?

De quoi parle vraiment Il était une fois en Anatolie ? D’une enquête ? D’un meurtre ? Sans doute aussi. Mais j’y vois avant tout un morceau du monde réel, montré à un moment et dans un lieu précis.

Je vois des gens ordinaires, exerçant différents métiers et occupant différentes places dans la société — un médecin, un procureur, des policiers, des chauffeurs, des villageois — qui ne passent pas leur temps à réciter les répliques nécessaires au scénario, mais discutent tout simplement. De yaourt, de problèmes de sommeil, de famille, de travail, de petits maux et de toutes ces choses dont les gens parlent vraiment quand ils passent de longues heures ensemble.

Tout l’univers du film est crédible jusque dans les moindres détails. Les voitures, les vêtements, les visages, les routes, les intérieurs, l’éclairage, les objets. Rien ne ressemble à un décor soigneusement installé pour nous annoncer : « Voici la Turquie rurale. » C’est pareil pour les acteurs. Ils ne ressemblent pas à une distribution minutieusement choisie, mais à des gens que nous pourrions vraiment rencontrer dans un tel endroit — chacun avec son visage, sa silhouette, son âge, sa fatigue et sa manière d’être. Très vite, on cesse d’avoir l’impression de regarder des acteurs jouer des rôles et on se met tout simplement à observer des gens.

Quand les personnages entrent de nuit dans une maison du village, on a presque l’impression d’y avoir été invité nous aussi. On peut s’asseoir à table avec eux, manger de l’agneau, arracher des morceaux de bazlama et regarder à quoi ressemble la vie ordinaire de gens qui habitent à des milliers de kilomètres de chez nous.

Et c’est précisément pour cela que ce cinéma m’intéresse. Il permet de découvrir quelque chose de la culture, des coutumes et de la façon de penser des gens sans sortir de chez soi. Pas à travers une brochure touristique, pas à travers une carte postale exotique, ni à travers un feuilleton turc. Et certainement pas à travers un énième blockbuster américain avec des gens qui volent.

Il y a aussi l’espace. Le film montre l’Anatolie centrale comme une terre d’immenses étendues presque vides — les routes se perdent dans l’obscurité, les collines et la steppe s’étirent entre les localités, et l’être humain paraît tout petit dans ce paysage. Cela aussi fait partie de l’histoire d’un lieu.

Voilà le réalisme turc.